[Philosophie] Ruptures épistémologiques

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[Philosophie] Ruptures épistémologiques

Message par D. H. T. le Lun 14 Déc - 22:09

Ruptures épistémologiques

En relisant "Les mots et les choses" de Michel Foucault, j'ai retrouvé le fil des grandes étapes de l'évolution philosophique, scientifique et culturelle de ces derniers siècles:
- le savoir à la fois "pléthorique et pauvre" hérité des siècles du Moyen Age: l'énumération, l'exhaustivité, l'érudition, la symbolique du grand livre du monde;
- puis le passage à l'organisation classique de la pensée et la recherche logique d'un accord entre le monde et l'ordre du discours;
- puis, enfin, le passage à une problématique moderne de l'être humain, la réflexivité du discours ayant finalement ouvert la voie à une approche plus descriptive que normative du phénomène humain lui-même: la linguistique sémiologique ou sémiotique comme paradigme de référence pour les autres pratiques et institutions que sont devenues les sciences humaines - les sciences humaines symbolisées, sur la couverture de l'édition Gallimard, par les Ménines de Velasquez, tableau d'abord mis à contribution pour expliquer les mécanismes profonds de la pensée classique et ouvrant ainsi la voie à des ouvrages plus tardifs tels que "De la représentation" de Louis Marin qui mettra en lumière, entre autres, le fait que l'inconscient de Bourdieu est très différent de l'inconscient de Freud.

On aurait eu l'évolution suivante, avec des ruptures à chaque fois, des ruptures dans les fondements même de l'idée de science, des ruptures épistémologiques - et anthropologiques également:
- livre de Dieu / livre du monde;
- ordre du discours;
- problème de l'être humain.
Mais après?... Car on peut supposer:
- soit que la question même d'un après (au sens: prochaine rupture épistémologique) relève d'une époque de la pensée qui était celle de Michel Foucault et qui, paradoxalement, ne fait déjà plus sens aujourd'hui au regard de l'évolution des mentalités collectives (mais y a-t-il proprement une mentalité collective? par définition la société n'a pas de cerveau pour penser, contrairement aux individus);
- soit que, au contraire, cette question fait sens si on admet l'idée même d'une évolution post-Foucault (ou, plus généralement: post-structuraliste, post-déconstructionniste, post-post-moderniste).

Il semblerait alors que la problématique suivante résulte d'un nouveau déplacement de l'axe du savoir en admettant que le savoir soit centré autour d'une notion phare ou d'un ensemble de notions, d'axiomes, de postulats, de paradigmes. Le progrès technologique aidant, et avec lui le progrès cybernétique, informatique et relatif à l'intelligence artificielle, on serait passé, depuis les années 1970, d'une science axée sur l'homme à une science axée sur l'information, la connaissance et les processus d'acquisition des connaissances, c'est à dire sur la cognition - pas seulement propre à l'homme mais aussi à la nature biologique, à l'espace physique et aux machines, voire à une synthèse nano-technologique ou autre du naturel et de l'artificiel.
D'où, en résumé, le schéma d'évolution suivant:
- premier temps: sciences hermétiques;
- deuxième temps: sciences classiques;
- troisième temps: sciences humaines;
- quatrième temps: sciences cognitives.
Mais la notion de rupture n'empêche pas, en même temps, la notion de survivance archéologique des différentes strates de la pensée occidentale récente et de son Histoire: il y a toujours une part d'archaïsme, de classicisime et de modernité qui continuent d'opérer, parallèlement ou conjointement, dans le cheminement de la pensée à l'échelle individuelle comme à l'échelle collective - avec des fractions chaotiques, des sauts quantiques, des dénivellations, des régressions, des fulgurances, des retours en arrière et sans doute une atomisation de la culture à mesure que les savoirs se spécialisent de plus en plus. D'où la difficulté, aussi, de reconstituer un "grand récit" et pas uniquement pour les raisons suivantes:
- parce que nous manquons de recul par rapport à notre époque;
- parce que les crises économiques, démographiques et environnementales coïncident avec une mise en cause des institutions scientifiques, universitaires et politiques dans leur légitimité historique;
- parce que nous sommes littéralement débordés par l'information.

D. H. T.

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